À l'occasion du 18ème Salon International de l'Agriculture au Maroc (SIAM), la production animale s'impose comme un axe central des politiques agricoles nationales, dans un contexte marqué par les défis climatiques, la pression sur les ressources et les enjeux de souveraineté alimentaire, appelant à une mobilisation accrue pour renforcer la résilience du secteur. Dans ce cadre, le pôle "Production animale" offre une lecture concrète de ces orientations. À travers les dispositifs présentés, il met en lumière une dynamique de transformation progressive du secteur, portée par l’adaptation aux contraintes climatiques et aux exigences économiques.
Cette évolution se traduit notamment par un recours accru aux techniques de sélection génétique, visant à améliorer la productivité et la résilience du cheptel, tout en préservant les spécificités des races locales. Ces dernières continuent, en effet, de constituer un socle essentiel, en raison de leur capacité d’adaptation aux conditions agro-climatiques du Royaume. Parallèlement, l’intégration de races à fort potentiel productif illustre une volonté d’optimiser les performances des élevages, dans une logique d’équilibre entre amélioration des rendements et durabilité des systèmes de production.
La standardisation de la présentation des différentes espèces reflète une volonté affirmée de promouvoir des systèmes fondés sur la traçabilité, l’amélioration des rendements et la durabilité de la production animale. Chaque animal exposé est ainsi accompagné de fiches techniques détaillées, renseignant sur son identification, son âge, sa race, son poids ou encore son origine géographique. Autant d’éléments qui témoignent d’une orientation vers une sélection plus rigoureuse et mieux maîtrisée des reproducteurs.
Cette démarche s’inscrit dans un mouvement plus large d’intégration des outils modernes de reproduction, notamment à travers le recours croissant à l’insémination artificielle, devenue un levier central pour améliorer la qualité génétique des cheptels et renforcer leur résilience face aux contraintes climatiques. Dans ce contexte, le pôle constitue également un espace d’échanges privilégié, suscitant un intérêt soutenu des visiteurs et des professionnels. Les différentes sections, dédiées aux bovins, ovins, caprins, équidés, volailles et lapins, offrent une lecture complète de la diversité des filières et des dynamiques à l’œuvre.
Cette diversité permet de mettre en valeur la richesse du patrimoine génétique national, notamment à travers la présence de races locales adaptées aux conditions agro-climatiques du Royaume, à l’instar de l’Oulmès-Zaer. Portées par des organisations professionnelles structurées, ces races s’inscrivent dans une logique de valorisation, de préservation et d’amélioration continue des performances. Parallèlement, l’introduction de races internationales, telles que l’Angus, traduit une ouverture progressive vers des modèles d’élevage davantage orientés vers la productivité et la qualité des rendements. Cette coexistence illustre une approche hybride, conciliant adaptation locale et apports génétiques externes.
Sur le terrain, cette évolution est illustrée à travers les pratiques des éleveurs présents au Salon. Khalid, éleveur bovin dans la région du Gharb, explique travailler avec deux races principales, la Holstein et la Montbéliarde. La première est reconnue pour ses performances laitières élevées, tandis que la seconde se distingue par sa double aptitude, combinant production de lait et de viande.
Dans une déclaration à la MAP, il souligne que la sélection génétique permet d’améliorer significativement les performances du cheptel, en ciblant à la fois l’augmentation de la production et le renforcement de critères liés à la durabilité, notamment la robustesse, la fertilité et la longévité productive. L’insémination artificielle constitue, selon lui, un levier déterminant pour introduire des reproducteurs de qualité, permettant d’atteindre, dans des conditions optimisées, des niveaux de production pouvant aller jusqu’à 40 à 50 litres de lait par jour au pic de lactation, tout en assurant une productivité étalée sur plusieurs années.
Cette dynamique de modernisation touche également d’autres segments, à l’image de la cuniculture. À Meknès, Badreddine, éleveur spécialisé dans la production de lapins de chair, met en avant une approche fondée sur la maîtrise des cycles de reproduction et l’optimisation des rendements. Fort de 18 années d’expérience, il s’appuie sur des races reconnues pour leurs performances, notamment le Néo-Zélandais et le Californien, tout en recourant à l’insémination artificielle pour mieux contrôler la reproduction. Chaque lapine est ainsi inséminée à un rythme régulier, permettant d’atteindre jusqu’à neuf cycles annuels, avec des portées moyennes de 10 à 12 lapereaux.
Simultanément, certaines pratiques reposent sur des choix plus ciblés, comme l’utilisation de races uniques à fort potentiel, à l’image de la Blanche française, permettant d’atteindre un poids d’abattage compris entre 2,2 et 2,5 kilogrammes en l’espace de deux mois.
Au-delà des aspects techniques, le pôle de la production animale met en évidence un niveau avancé d’organisation des acteurs, structuré autour de fédérations professionnelles représentant les principales filières, notamment les viandes rouges, le lait et les viandes de volailles.
Des organisations telles que l’Association nationale des producteurs de viandes rouges (ANPVR), la Fédération interprofessionnelle de la filière laitière (Maroc Lait) et la Fédération interprofessionnelle du secteur avicole (FISA) jouent un rôle clé dans l’encadrement des pratiques, la diffusion des innovations et l’accompagnement des éleveurs dans la montée en compétences.
À travers cette structuration, le secteur confirme sa volonté de s’inscrire dans une trajectoire de modernisation progressive, conciliant performance économique, adaptation aux contraintes climatiques et renforcement de la souveraineté alimentaire nationale.
(MAP: 26 Avril 2026)