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Mercredi 25 Décembre 2013

1er congrès national de la langue arabe à Rabat

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1er congrès national de la langue arabe à Rabat

La première édition du congrès national de la langue arabe, s'est tenue, mercredi à Rabat sous le thème "vers une stratégie nationale pour la promotion de la langue arabe" , à l'occasion de la célébration de la journée internationale de la langue arabe.

Ce congrès, qui rend hommage à l'érudit et linguiste Lakhdar Ghazal, vise à apporter des réponses aux interrogations découlant de la "réalité de la langue arabe : entre pluralisme et développement".

S'exprimant à cette occasion, le Chef du gouvernement, Abdelilah Benkirane, a indiqué que Feu SM Hassan II a fixé cinq composantes de l'identité marocaine, à savoir l'Islam, la monarchie constitutionnelle, l'unité nationale, le rite malékite et la langue arabe.

Les Marocains s'identifient à ces fondements qui préservent à la nation son rôle et sa place, a-t-il ajouté. 

Selon le chef du gouvernement, les langues étrangères et dialectes ne sont pas l'ennemie de l'arabe, notant que la Ligue arabe s'est orientée, au début, vers l'arabisation, en dépit des résistances qui se sont avérées finalement bénéfiques pour le sujet. 

Dans ce cadre, il a jugé nécessaire de prêter une attention particulière aux résultats des recherches scientifiques en la matière, au lieu d'adopter des visions politiques étroites. La langue a "une logique et système", a indiqué M. Benkirane, qui a qualifié le dialecte de "langue médiane". 

De son côté, le ministre de la Culture, Mohamed Amine Sbihi, a indiqué que la langue arabe, en tant que structure linguistique, dispose d'une grande capacité générative adaptée à la société moderne et constitue un support porteur de grande réserve de connaissances à même d'élargir le nombre de ses utilisateurs.

Il s'est également arrêté sur la contribution du ministère à l'élaboration d'une politique culturelle permettant l'analyse de la scène linguistique et l'élaboration d'une vision globale vouée, au niveau juridique, à la l'instauration d'une loi-cadre à même de protéger les langues et la cohabitation des langues et dialectes et couper court à toute exploitation politique ou idéologique.

Au niveau institutionnel, il s'agit, selon M. Sbihi, de la mise en œuvre du Dahir portant création de l'Académie Mohammed VI de la langue arabe, en tant qu'instance dédiée à la promotion de cette langue, à sa généralisation et au renforcement de sa compétitivité, ainsi que de la création du Conseil national des langues et de la culture marocaines.

Pour sa part, le directeur général de l'Organisation islamique pour l'éducation, les sciences et la culture (ISESCO), Abdelaziz Othmane Al Twijri, a souligné que la protection de la langue arabe contre les dangers qu'elle encoure est tributaire d'une volonté politique de renforcer l'unité nationale et entretenir la stabilité linguistique.

Et d'ajouter que la promotion de l'arabe nécessite sa protection par voie législative, notant que sa préservation est un devoir dicté par les principes de développement durable, de l'intégrité du front intérieur et de dissémination de la culture de dialogue et des spécificités linguistiques.

Selon le représentant de l'Académie du Royaume du Maroc, Mohamed Kettani, toutes les langues ont les mêmes défis à relever, et nombre d'entre elles commencent à perdre du terrain en faveur des langues dominatrices, principalement la langue anglaise, évoquant l'ouverture du Maroc sur les mutations civilisationnelles et la domination de la mondialisation en matière de communication.

Selon M. El Kettani, les Académies de la langue arabe et les linguistes dans le monde arabe sont unanimes à dresser un état des lieux des plus préoccupants de la réalité de la langue arabe.

Il a cité une analyse du chercheur Abdelaziz Ahouani qui mettait en garde dès le milieu du siècle dernier, dans une étude publiée dans la revue libanaise spécialisée Adab (littérature), contre le danger de disparition d'une langue arabe devenue "non vivante", une thèse à laquelle Ranif Khouri répondait que "la crise de la langue arabe n'est pas une crise de langue mais plutôt une crise d'un homme arabe indécis au sujet de la direction à prendre".

Convaincu qu'un diagnostic scientifique doit combiner entre facteurs endogènes et exogènes, M. El Kettani a souligné que la promotion de la langue arabe doit tirer profit de l'évolution technologique, appelant à la conjugaison des efforts dans ce sens notamment au niveau des universités et de la communication numérique, dans le cadre d'une vision objective respectant les règles constantes de la langue arabe.

Il a insisté sur l'importance d'une action concertée entre les instances spécialisées dans l'ensemble des pays arabes, garantissant un équilibre de l'utilisation de la langue arabe, dans ses composantes classique et dialectal, mais aussi entre celles-ci et les langes étrangères.

Le directeur du bureau de coordination de l'arabisation, Abdelfettah El Hajmari, a, de son côté, souligné que la réhabilitation de la langue arabe est tributaire d'une nouvelle renaissance et une révision de ses règles, ainsi que l'évolution de la vision de la société à l'égard de cette langue qui doit être perçue comme langue vivante et évolutive, partant de la conviction que la langue d'un pays est appelé à refléter l'état de son développement et son positionnement au niveau du savoir.

Le doyen de l'Institut royal de la culture amazighe (IRCAM), Ahmed Boukous, a appelé, pour sa part, à une réflexion collective où les langues arabe et amazighe, doivent être traitées sur un même pied d'égalité, dans le cadre d'une approche globale tenant en compte la diversité linguistique et culturelle au Maroc, conformément aux dispositions de la nouvelle constitution.

Représentant la Fondation Abed Al Jabiri, Abdellah Saaf a mis l'accent sur l'importance de la réforme de l'enseignement à la question de la langue, en tenant en compte les principes d'unification, de généralisation, de marocanisation et d'arabisation. 

M. Saâf a appelé à ne pas se comporter avec la langue arabe comme s'il s'agissait d'un "motif complet" ou en épousant une vision sentimentale ou statique ahistorique ou encore se confiner dans des positions défensives convulsives, étant donné que toutes les conditions sont réunies pour permettre une approche sereine et ouverte qui montre une vue en perspective dépourvue de complexes.

De son côté, le représentant de la Fondation Allal El Fassi, M. Moubarak Rabie, a rappelé les prises de position de la Fondation lorsqu'elle tenait des séminaires en langue arabe et les moyens déployés pour promouvoir cet idiome et faire face à tous ceux qui le contrecarrait et, également les thèses du leader Allal EL Fassi et des militants du Mouvement national qui se sont battus pour défendre, protéger et préserver la langue arabe.

"La Fondation est prête à adhérer à toutes les initiatives similaires visant à protéger la langue du Dad", a-t-il insisté.

Le coordinateur général du Conseil international de la langue arabe, M. Ali Benmoussa, a estimé, quant à lui, que la langue du Dad a supporté le fardeau de ceux qui ont contribué à son sous-développement, insistant sur la nécessité de recourir à la traduction à partir des langues étrangères et encourager la conversation et la réflexion sur cet idiome en vue de l'enrichir sur les plans de la pensée, la connaissance et le langage.

"Il est incombe à tous ceux qui combattent cette langue de se ressaisir et de recouvrer la raison parce que l'arabe est un facteur d'unification et de rassemblement qui permet de réaliser l'égalité des chances entre ceux qui la pratiquent", a-t-il préconisé .

Le président de l'Alliance nationale pour la défense de la langue arabe, M. Fouad Bou Ali, a souligné, pour sa part, que l'arabe est une langue "rythmée" et unificatrice qui rassemble les différentes souches du peuple, ajoutant que l'objectif à travers la tenue de ce congrès est de redonner beauté et rayonnement à la langue du Dad au sein de la mosaïque de la diversité et de l'unité qui caractérise la société marocaine, appelant à réfléchir et à mettre fin à l'animosité à l'égard de cette langue tantôt au nom de l'exception locale tantôt au nom de la mondialisation.

Ont pris part aux travaux de ce congrès notamment des ministres, des députés, des diplomates, des représentants des instances culturelles (l'Union des écrivains du Maroc, Bayt Chiir -la maison de la poésie- au Maroc), Nourredine Ayouche, président de la Fondation Zakoura-Education et président et fondateur de Shem's Publicité et une pléiade d'intellectuels et de journalistes.

-MAP-